Je suis toujours surprise que les biographies d’artistes soient dédiées exclusivement au parcours professionnel. Comme si on ne vivait pas aussi d’autres choses, qui nous forment, nous constituent et s’instillent sans aucun doute dans  tout notre faire… ces choses que je laisse (comme pianiste), pénétrer mon interprétation.

Quelques souvenirs donc de mes occupations et hobbys hors de la musique.

SAINT – PÉTERSBOURG

Pendant ma scolarité, sur 11 ans (1986 – 97), je n’avais pas beaucoup de temps libre : près de 2 heures aller pour commencer à 9h30, près de 2h retour, en faisant les devoirs dans le métro, 2h de piano à la maison, et au lit… 

Je me souviens… 

… du théâtre : la mère d’un élève plus âgé que moi organisait, „comme ça“, du théâtre après les cours, avec un immense enthousiasme. J’ai joué une femme – une belle-mère – très caricaturale, méchante… avec grand plaisir, sur la scène de la „petite“ salle où on se passaient ordinairement les examens et les concerts internes.

… du trombone : ma mère, parallèlement à son activité principale – professeur de piano dans une école de musique – a accompagné quelque temps des élèves de trombone, à la maison. Bien sûr, j’ai essayé de jouer sur les trombones des élèves qui étaient là et demandé à m’inscrire à son cours. À 14 ans, j’ai suivi les leçons pendant un an et j’ai même voyagé avec un groupe d’élèves, en Allemagne, à Mönchengladbach, pour participer à des concerts avec un air de Rakov, une courante de Haendel et un prélude de Rachmaninov.

… de mon premier poste comme accompagnatrice pour les enfants-chanteurs dans une petite école de musique à Tosno, un village à une heure de train de Saint-Pétersbourg. Une maison de 2 étages en bois, avec un trou par terre pour les toilettes, 14 ou 15 élèves tout le samedi (pour effectuer le temps plein en n’allant qu’une fois par semaine). J’y ai travaillé à 17-18 ans, pendant ma dernière année scolaire et ensuitema première année de conservatoire.

Puis, au conservatoire, j’ai participé avec un énorme plaisir au „kapustnik“ (quelque chose entre opérette et théâtre musical, – composé sur un sujet libre et accompagné par un orchestre sur de la musique de films, de la musique classique, de la musique populaire). 3 fois sur 3 années différentes (dont une quand j’étais déjà installée à Munich). J’avais quelques numéros, où j’ai dansé, chanté, joué du piano, du trombone … tout ce que je savais faire et même ce que je ne savais pas (danser le tango…).

A la fin de la première année de conservatoire je me suis demandé (pour la première fois), si je voulais vraiment vivre de la musique et si c’était mon choix… Je voulais décider librement, et c’est la raison pour laquelle j’ai déclaré à mes parents vouloir quitter Saint-Pétersbourg, y compris le piano, mes études et mon poste au conservatoire, et aller à Moscou („À Moscou! À Moscou!“ – Tchekhov) pour passer les examens de toutes les écoles de théâtre (afin d’avoir plus de chances, car le métier est très recherché et le concours est très exigeant), pour devenir comédienne. J’ai déclamé des extraits de Tchekhov, Aitmatov, Tsvetaïeva, Le petit prince…, je suis parvenue au dernier tour (il y en a 3 ou même 4 en tout, dans mon souvenir), mais pas plus loin. Donc, je suis revenue à Saint-Pétersbourg pour continuer la musique. Heureusement…

A cette époque, mes recherches spirituelles m’ont amenée à l’ile Valaam, sur la rive carélienne du lac Ladoga. Habitant près d’un monastère en tant que pèlerine pendant un mois d’été, j’ai participé aux travaux des champs, logée avec d’autres pèlerins dans un dortoir, nourrie et admise à participer à une partie de la vie monastique de cet endroit vraiment unique.

La même inspiration m’a amenée, 15 ans plus tard, dans un monastere près de Munich, pour 2 semaines, où j’ai suivi complètement les règles de vie des nonnes.

Parallèlement aux études et concerts, j’ai eu différents postes au conservatoire même (cf ma biographie pianistique). Mais à l’époque pour survivre en Russie un seul salaire ne suffisait pas. En plus d’étudier et de travailler au conservatoire, je gagnais un complément en travaillant comme femme de ménage au foyer des étudiantes où j’habitais, mais aussi comme barmaid, serveuse, boulangère pendant un été et même Snégourotchka – petite-fille du Père Noël, qui l’aide à visiter les enfants et offrir des cadeaux. Je me suis également occupée de promotions commerciales – dégustations dans des grandes surfaces (saucisses, jambons…), de distribution de flyers pour des firmes automobiles. J’ai été aussi manager dans la restauration, une année à temps-plein, de 9h à 17h chaque jour au bureau, plus les soirées organisées elles-mêmes. Dans les soirées libres – piano 2h le soir, un poste au conservatoire le samedi entier, les études, qui se limitaient à passer les examens, seules occasions aussi de rencontrer les profs…

MUNICH

Puis, à l’approche de mes 24 ans, je suis partie au pair à Munich, au départ pour une année, dans une famille de 3 enfants, avec un piano à la maison, de sorte que je puisse quand même pratiquer. Au bout de 8 mois je les ai quittés – cette tâche n’était pas du tout pour moi.

Restée à Munich, par curiosité, hasard et de par mon interêt vivace pour la cuisine, j’ai pendant quelques mois passé mes soirées dans un café – en fonction d’assistant cuisinier sur des recettes allemandes et italiennes.

– Après un premier périple d’un mois en Asie centrale avec Christian Funk (nous nous servions d’un guide en anglais, très connu d’ailleurs, mais peu utilisable), nous avons décidé d’écrire nous-mêmes des guides de voyage fiables pour les routards. Après plusieurs périples (entre autres 10 semaines à nouveau au Kirghizistan, en Ouzbékistan, dans une partie du Tadjikistan et au lac Baïkal), trois guides ont été édités en allemand (Moscou, Saint-Pétersbourg, Asie centrale).

– J’ai passé beaucoup de temps avec des musiciens amateurs – et j’ai quasiment découvert la musique de chambre, en jouant des trios, quatuors, quintettes … Beethoven, Schubert, Brahms, musique russe … Nous avons déchiffré toutes les partitions dont nous disposions à nous tous. A cette occasion je remercie infiniment et de tout mon coeur Ulrich Diekmeyer et Oliver Jacob pour leur enthousiasme et leur patience à supporter mes remarques rigides pendant les années de notre travail ensemble, de notre „Musizieren“. A cette époque j’ai démarré une série de concerts à la maison (salons, bibliothèques privées etc), Das besondere Frühstück, dont la première partie était dédiée à la musique de chambre, interprétée avec des amateurs.

Liée avec des jésuites, j’ai été auditeur libre à l’École supérieure de philosophie de Munich, notamment autour de la Critique de la raison pratique de Kant du Mal et de la Symbolique du mal de Ricœur.
Dans les dernières années à Munich, j’ai chanté dans la chorale de l’église orthodoxe, qui s’est développée en un Russische Kammerchor où nous avons eu l’occasion de chanter aussi de la musique profane dans de nombreux concerts.

Ma dernière année à Munich fut une année sabbatique. L’activité concert, je l’ai annulée ou pas planifiée et je n’ai gardé que mon poste à l’Université d’Augsburg. Je me suis inscrite au programme WWOOF et avant le début du semestre je suis partie pour deux mois dans un petit village français dans le Jura, pour vivre dans une famille de 6 personnes et pratiquer l’agriculture avec eux.

BESANÇON

A l’été 2014 j’ai déménagé (avec mon fils nouveau-né et son papa) à Besançon. Dès mon arrivée, ressentant le besoin de me relier à la liturgie orthodoxe, à la langue russe et au chant choral, j’ai créé une chorale mixte russe intégrant des non-russophones que j’ai dirigée, donc hélas sans chanter, pendant deux ans.

Je me suis aussi souvenue de mon trombone abandonné et je me suis inscrite une année au cours de sacqueboute au conservatoire de Besançon (CRR), où j’ai aussi entamé une formation de chant lyrique, au souvenir de mon chant sauvage au « kapustnik ». J’ai également suivi et validé la 2eme année de licence à l’Université de Besançon en langues allemande et russe, dans le but d’améliorer mon français au moyen de la traduction, avec un effet secondaire : les cours incroyables de Serguei Chougounnikov sur la littérature et l’histoire russes m’ont restitué les zones blanches de ma mémoire et m’ont appris à écouter le français pendant des heures et des heures – et à comprendre. Tous ces cours ont été suivis docilement par Evgueni dans les deux premières années de sa vie– il n’est jamais trop tôt…

Tout ça avant notre départ pour Vladivostok pour une année.

Pour l’instant j’occupe mon temps libre avec la poursuite du chant lyrique et de la basse continue au CRR (en 2ème et 3ème cycle), la danse improvisée avec Catherine Lanoir et la traduction en collaboration de L’Année du Seigneur d’Ivan Chmeliov, que j’aime beaucoup.